Harold Stirling Vanderbilt – Le “Gatsby” du nouveau bridge

Harold Stirling Vanderbilt – Le “Gatsby” du nouveau bridge

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PORTRAIT

Avec l’élégance d’un héros de Fitzgerald, son sourire et ses yeux pétillants charment immédiatement l’objectif sur le cliché publié le 15 septembre 1930 en une du Time Magazine. Harold Stirling Vanderbilt pose fièrement sur son voilier de course Classe J Enterprise, à bord duquel il vient tout juste de remporter la Coupe de l’America. Son bras replié sur sa hanche lui donne un air décontracté mais son regard file droit devant : le skipper poursuit sa destinée triomphante.

3 Coupes de l’America

Harold Stirling Vanderbilt a remporté trois fois de suite la Coupe de l’America (en 1930, 1934 et 1937).

Preuve en est quarante plus tard, lorsque son décès est annoncé en première page du New York Times, le 5 juillet 1970. «Harold Vanderbilt a choisi trois domaines très différents pour ses principales occupations dans la vie active, et dans chacun d’entre eux, il a laissé une empreinte profonde», peut-on lire dans les archives publiées sur le site internet du journal.

Harold Stirling Vanderbilt a joué un rôle déterminant dans l’histoire du jeu en tant qu’inventeur du bridge-contrat..

(V. Hotchkiss, bibliothécaire de l’université Vanderbilt)

Célèbre navigateur, inventeur du bridge moderne, homme d’affaires pendant quatre décennies, Harold Stirling Vanderbilt a emprunté trois voies distinctes qui le mèneront toutes au succès.

Une affaire de famille

Né en 1884 à Oakdale (État de New York), il est le fils de William Kissam Vanderbilt et de la milliardaire et féministe Alva Erskine Smith. À l’époque, le nom des Vanderbilt jouit d’une grande notoriété. Son arrière-grand-père, l’entrepreneur Cornelius Vanderbilt I, fut un magnat du chemin de fer et des transports maritimes. On se souvient encore de lui aujourd’hui comme l’un des hommes les plus riches de tous les temps. L’université Vanderbilt de Nashville (Tennessee) a vu le jour en 1873 grâce à une dotation d’un million de dollars allouée par le patriarche de la famille.

Dès sa naissance, le destin de son arrière-petit-fils dans le milieu des affaires était déjà tout tracé. Une fois diplômé de droit à Harvard en 1910, Harold Stirling Vanderbilt rejoint en effet la plus emblématique des nombreuses entreprises familiales : la New York Central Railroad Company. Dix ans plus tard, à la mort de son père, il hérite naturellement d’une immense fortune.

L’université Vanderbilt de Nashville (Tennessee) financée grâce à une dotation d’un million de dollars de Cornelius Vanderbilt.
Photo iStock
Live radio interview before the start of the game
Interview en direct à la radio avant le début de la partie.
Photo ACBL

En 1925, celui qu’on surnomme “Mike” devient lui-même propriétaire d’une luxueuse propriété à Palm Beach, construite par l’architecte Addison Mizner, notamment célèbre pour avoir imprimé son style néo-espagnol au sud de la Floride. Ce dernier baptise la demeure “El Solano” en référence au vent brûlant qui souffle sur l’Espagne depuis l’Afrique, mais aussi en clin d’œil au comté de Solano en Californie, son lieu de naissance. Harold Stirling Vanderbilt donne de grandes réceptions dans cette luxueuse maison, qui sera rachetée en 1980 par John Lennon et Yoko Ono.

Trophée Vanderbilt

Des joueurs venus du monde entier se disputent chaque printemps le trophée Vanderbilt, l’un des quatre grands Nationals américains. Il a été créé en 1928 par Harold lui-même, qui l’a gagné deux fois !

Le vent en poupe

Harold Stirling Vanderbilt ne règne pas seulement en maître dans le milieu des affaires, son nom est également gravé dans l’histoire du nautisme. Entre 1922 et 1938, il récolte de nombreuses récompenses : six King’s Cups, cinq Astor Cups et surtout trois Coupes de l’America. Son épouse, Gertrude Lewis Conaway Vanderbilt, avec laquelle il n’a pas eu d’enfant, est l’une des premières femmes autorisées à participer à la Coupe de l’America, en 1934 et 1937.

Vanderbilt is rewarded for his contibution to the development of bridge Photo ACBL

Vanderbilt est récompensé pour sa contribution au développement du bridge.
Photo ACBL

Vanderbilt shows his trophy to Silodor, Goren, Helen Sobel-Smith and Becker

Vanderbilt montre son trophée à Silodor, Goren, Helen Sobel-Smith et Becker.
Photo ACBL

Ses exploits en mer ne se limitent pas à ces seuls trophées de régate. En 1925, à l’occasion d’une croisière à bord du SS Finland, entre Los Angeles et La Havane, il invente le bridge-contrat ! Harold Stirling Vanderbilt se prend d’une telle passion pour ce jeu qu’il instaure de nouvelles règles, donnant naissance à la version actuelle du bridge, dans laquelle il a notamment introduit la notion de vulnérabilité. Dans son édition de 2011, le livre Le Bridge pour les Nuls revient sur les origines de cette découverte : «Il essaya de trouver le terme exact pour illustrer le fait que le camp ayant demandé la manche pouvait perdre une plus grosse pénalité en cas de chute. À bord, une jeune femme qui kibitzait (terme d’origine yiddish signifiant ici “regarder une partie”) suggéra “vulnérable”. Vanderbilt adopta sa suggestion et cet épisode fut solennellement enregistré comme étant la première et la dernière fois qu’un kibitz ait jamais fait une suggestion utile !» C’est ainsi que l’homme d’affaires et navigateur acquit le nouveau titre de “père du bridge moderne”.

Tchin !

Un cocktail a été nommé en son hommage, le Stirling Punch, une boisson à base de rhum et d’un soupçon de whisky.
À mélanger avec beaucoup de jus de fruits…

Icône intemporelle

Si, de son vivant, la notoriété de Harold Stirling Vanderbilt reposait en partie sur son nom de famille, ses multiples prouesses en navigation à voile et ses innovations apportées au bridge ont perpétué sa mémoire jusqu’à aujourd’hui.
Le 25 août 2017, l’université Vanderbilt – dont il fut président durant treize années – annonçait fièrement sur son site internet l’acquisition d’un fond “extraordinaire”, une fabuleuse collection de livres sur les jeux de cartes, de hasard et d’échecs, The George Clulow and United States Playing Card Co. Gaming Collection, constituée d’un millier de volumes, dont les plus anciens remontent au XVe siècle. Pour la bibliothécaire de l’université, Valerie Hotchkiss, «il est […] tout à fait approprié que Vanderbilt abrite cette collection car l’une de nos grandes figures, Harold Stirling Vanderbilt, a joué un rôle déterminant dans l’histoire du jeu en tant qu’inventeur du bridge- contrat.»

Au cœur de Manhattan, l’hôtel InterContinental New York Barclay a baptisé l’une de ses suites Harold S. Vanderbilt Penthouse. Située au seizième étage, elle offre une vue imprenable sur les gratte-ciels mythiques de Midtown Manhattan. Comptez 35 000 $ la nuit… Un demi-siècle après sa mort, Harold Stirling Vanderbilt reste plus que jamais synonyme de prestige.

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